10 April 2004

1 Mile North - glass wars (2002, Old Colony)


Duo new-yorkais formé par Jon Hills (guitare, claviers, samples) et Mark Bajuk (claviers, field recordings), 1 Mile North sort un premier album, “Glass Wars” qui a déjà des allures de petit classique.

1 Mile North s’abreuve aux eaux les plus calmes et apaisées de Godspeed You Black Emperor ou Mogwai, pour livrer une musique intime qui, dans son humilité, s’inscrit dans la lignée de Papa M, Album Leaf, Idaho ou For Carnation.


Instrumentale, nue et essentielle, leur musique est celle d’étendues d’eau plane, de lacs aux contours verts. Beaucoup de respirations, 1 Mile North est à écouter au calme, dans un état contemplatif, méditatif. La lumière et ses ombres couchées sont importantes ici ; à partir d’elles 1 Mile North crée ses espaces personnels.

Dès « New Clock », le ton est donné : notes de guitare électrique, égrenées dans le vide et nappes discrètes entre flux et reflux, avec une menace légère dans les airs. On a la sensation de flotter quoique arrimé. Tout est au ralenti. Un avion décolle au loin. Subtiles et sourdes sensations de vertige et d’euphorie. Petit, mais élément d’un tout immense.

« Have a good one what » baigne du mélange de la joie et des larmes, d’émotions qui rendent floue la vision et nous garantissent des mondes multiples d’explorations intérieures. Un peu comme si Mogwai croisait la finesse intime d’un Idaho. On remonte à flanc de colline la source jaillissante et ténue d’un ruisseau abreuvant une vallée magique de fleurs, oiseaux et verdure. Impossible de ne pas dodeliner de la tête.

« Parents arrive », enveloppé des dernières brumes d’une matinée d’été. On devine au-delà un soleil qui darde déjà des rayons caloriques. Dès que la vapeur s’évanouit, des chants d’oiseaux et des babillages d’enfants en plein jeu apparaissent et l’on se retrouve sous un marronnier à faire une sieste dans une cour de récréation semi-déserte à mi-juillet.

Dans « evil architecture », un vol de canards migrateurs traverse, d’est en ouest, un ciel coloré par un coucher de soleil tandis que l’on capte faiblement des conversations grandes ondes. Les guitares se font aériennes et planantes. 1 Mile North réussit à échapper à l’amalgame post-rock par une pudeur, une aura et une retenue toutes personnelles.

Illusions maritimes sur « insides », comme laisser glisser les pieds dans l’eau, à l’arrière d’une embarcation toutes voiles dehors sur l’océan. Le regard s’appesantit sur des nuages étirés à l’extrême dans un ciel bleu de déclinaisons intérieures.

« Escorting deep waters » est plutôt une promenade tranquille sur la plage, à la nuit tombée, les pas las retardés par le sable et les cheveux agités par le vent du large.

On rentre alors chez soi pour se coucher et s’endormir aux sons du « man rounds corner » et de ses atmosphères de déliquescence et d’ensommeillement.

Sur, 1 Mile North vient de réaliser un album unique et parfait de bout en bout, discret, saisissant en 47 minutes une collection d’instants essentiels et vitaux.


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